La multiplication de rencontres sportives jouées à huis clos au cours des derniers mois a pu démontrer l’importance du rôle de supporter. Le 8 juin 2020, Roxana Maracineanu, ministre des Sports a déclaré, à l’occasion d’une réunion de l’Instance Nationale du Supportérisme (INS) : “les supporters sont l’âme des stades”. Preuve qu’au fil du temps, ces spectateurs, qui encouragent clubs et/ou athlètes se sont imposés comme de véritables symboles, prenant une place spécifique dans le paysage sportif. Pourtant, les supporters, au sens où nous les connaissons aujourd’hui, n’ont pas toujours existé. Retour sur l’histoire et les différentes étapes qui ont construit le supporter du XXIème siècle.

En France, au XIXème siècle, le sport est d’abord jugé comme une pratique dédiée à l’entretien de la condition physique et morale de ses adeptes. À l’époque, le public est mal perçu. Les classes sociales aisées et promoteurs de sport considèrent les spectateurs comme “incompétents”. Ils n’apprécient pas les valeurs qu’ils véhiculent, ni même l’argent qu’ils y brassent. Pour autant, le sport est devenu un spectacle populaire, séduisant de plus en plus le public.

De l’entre-deux-guerres aux années 1970

Les associations de supporters naissent dans les années 1920. À l’origine, elles ont pour principaux objectifs de rassembler les spectateurs, créer des liens avec les joueurs, dirigeants et venir en aide aux clubs. Les spectateurs supportent majoritairement les équipes locales et, au fur et à mesure, ils ne se contentent plus uniquement d’apprécier le jeu. Ils expriment leurs émotions et interagissent en fonction du déroulé de la rencontre à laquelle ils assistent. Les supporters français restent tout de même discrets. À cette période, ils ne portent pas, ou très peu, les couleurs de leur club et s’habillent en tenue du dimanche. Bien loin des pratiques actuelles, les chants et drapeaux se font très rares…

Photo datée de 1930 montrant des supporters gallois brandissant des poireaux avant le match de rugby des Cinq Nations France / Walles à Paris.
En 1930, les supporters gallois brandissent des poireaux avant le match de rugby France / Pays de Galles à l’occasion du tournoi des Cinq Nations © AFP / AFP
La médiatisation du sport 

Dans les années 1970-80, le sport est en plein essor. La télévision diffuse de plus en plus les rencontres sportives. Le secteur se professionnalise et les bons résultats sportifs des équipes françaises participent à sa démocratisation. L’ensemble de l’écosystème évolue en même temps que la société. Les supporters commencent à s’afficher aux couleurs de leur club à travers des tenues, écharpes, drapeaux ou banderoles. Par la suite, ce sont les chants scandés par les fervents supporters qui voient le jour et retentissent en choeur dans les rassemblements, en amont des rencontres. Le football est la première discipline à bénéficier de ces changements, rapidement suivi par les autres sports.

La télévision de masse et plus récemment Internet et les réseaux sociaux contribuent à répandre le supportérisme à “distance” lorsque le public s’identifie aux valeurs et à l’identité d’un club.

Progressivement, de nouvelles organisations sont nées pour animer les tribunes. Les supporters se déplacent désormais partout en France, voire à l’étranger, pour suivre leurs équipes ou joueurs favoris. Ils sont symbole d’ambiance et reconnus comme indispensables, en témoigne la célèbre expression attribuée aux supporters de football :“le 12ème homme”. Aujourd’hui, nombreux sont les supporters voulant prendre part à la vie de leur club. Certains groupes de supporters se mobilisent ainsi pour véhiculer une image et des valeurs positives à travers des actions responsables pour balayer la mauvaise réputation liée aux activités d’une minorité.

La création d’un statut spécifique pour les supporters

Le rôle du supporter s’est transformé au cours des dernières décennies. Il est, depuis la loi n°2016-564 du 10 mai 2016, reconnu comme un acteur à part entière du sport et prend une place déterminante. Cette loi marque une avancée considérable pour les supporters car elle leur confère un véritable statut. Elle comprend notamment :

  • la reconnaissance des supporters comme des acteurs du sport à partir du moment où ils défendent l’éthique sportive,
  • la création le 8 mars 2017 de l’Instance Nationale du Supportérisme (INS),
  • l’instauration d’un Référent Supporters (RS), chargé de la médiation entre les supporters, le club et l’ensemble des autres acteurs au niveau local,
  • la mise en place d’un label de reconnaissance pour les associations de supporters en faisant la demande.

À travers le temps, le supportérisme a évolué et s’est imposé comme une figure essentielle de la vie des clubs et des athlètes. Soutien, motivation, émotion : les supporters sont désormais reconnus comme de réels acteurs du monde sportif. En conséquence, les organisations sportives se doivent d’être à l’écoute, de comprendre leurs attentes et de dialoguer avec ces communautés très engagées.